AZF, Bhopal, même combat

Elles sont quatre femmes, trois Indiennes et une Française, venues plaider leur cause commune : que des accidents industriels meurtriers comme ceux de Bhopal, en Inde, et d’AZF, à Toulouse, ne se reproduisent plus ! Martine Michard, membre de l’association ” Plus jamais ça, ni ici, ni ailleurs ” habite à Toulouse dans une maison dont elle ignorait qu’elle était dans un périmètre classé Seveso 2. Photographe, elle est allée à Bhopal d’où elle a rapporté des images qui montrent cruellement que, près de 20 ans après la catastrophe, les souffrances physiques, morales et économiques de la population sont toujours aussi importantes. Le sol et l’eau des quartiers proches de l’usine sont toujours contaminés.

Symbole des dérisoires mesures de protection : les autorités avaient posé une bâche en plastique sur une zones dangereuse. Elle a été emportée par la première mousson et, aujourd’hui, les enfants jouent sur cette terre gorgée de produits toxiques. ” Bien sûr, si nous comparons notre situation à celles des habitants de Bhopal, nous avons été beaucoup mieux indemnisés. A la différence d’Union Carbide, absorbé depuis par Dow Chemicals, Total a donné de l’argent pour indemniser les pertes matérielles. Cela dit, il y a beaucoup de points communs entre les deux catastrophes. Les deux usines étaient en perte de vitesse et faisaient des économies sur la maintenance et la sécurité . Elles produisaient des substances qui se vendaient mal et avaient donc des stocks beaucoup trop importants par rapport aux normes en vigueur : 40 tonnes de MIC (isocyanate de méthyl) étaient entreposées à Bhopal, les normes de sécurité prévoient de ne pas dépasser 1 tonne ! Dans l’usine AZF, il y avait 300 tonnes d’amnonitrate déclassées parce qu’invendables !” argumente-t-elle. Les causes de la catastrophe de Toulouse ne sont toujours pas officiellement établies mais la plus vraisemblable est celle d’une explosion provoquée par un contact accidentel entre un produit chloré et cette réserve d’amnonitrate. ” Notre combat comporte trois étapes. Outre l’intégralité des réparations, Nous voulons que soient renforcées les mesures de sécurité et les contraintes pour les industriels, ainsi que les recherches permettant de trouver des substances alternatives à ces produits hautement toxiques. La diminution du nombre de substances dangereuses protègera non seulement les gens mais aussi la planète. ” résume Martine Michard. ” Pour être entendues non seulement des multinationales mais aussi des collectivités locales, il est important d’internationaliser notre action. Nous sommes aussi en contact avec une association galicienne “Nunca Mas” de victimes du naufrage du Prestige.

MODES D’ACTIONS

Pour obtenir gain de cause auprès de Dow Chemicals, ICJN a lancé une grande campagne à l’anglo-saxonne. Il s’agit d’une part de faireconnaître le site www.bhopal.net qui recense actions et informations et d’autre part d’envoyer des messages de protestation à la compagnies par
mail, fax, courrier ou téléphone.

Le combat du collectif toulousain est lui plus juridique pour l’instant puisqu’il s’associe à une plainte déposée, le 19 septembre, contre Total pour demander réparation  de tous les dommages subis (physiques, psychiques et matériels).
Contact mail : pjcnina.cdp@wanadoo.fr                 

Pression internationale

Cette idée est au coeur de l’action de l’ONG, International Campaign for Justice in Bhopal (ICJB) que représentent les 3 jeunes indiennes : Rawnak, Ruby et Rachna. Elles sont venues en France pour témoigner de leur solidarité avec les toulousains mais aussi parce que ” dans leur quête de justice, ces victimes ont rencontré les mêmes obstacles que les victimes de Bhopal. Ils affrontent une entreprise qui souhaite se décharger de ses responsabilités, payer le minimum de compensations et s’oppose à un renforcement des règles de sécurité. ”

Rachna, leur porte-parole, est la seule qui parle anglais. Elle est habitée par un mélange de détermination, de colère et d’espoir que les souffrances des survivants de Bhopal soient un jour reconnues et indemnisées par l’entreprise qui les a provoquées. ” Notre organisation est une coalition d’une vingtaine d’organisations qui veulent faire pression sur l’industrie chimique.

Nous nous battons pour que soit, au minimum, financé la décontamination du site de Bhopal. Cela coûterait 300 à 400 millions de dollars. Qu’est-ce que cela représente pour une multinationale comme Dow Chemicals ? Nous sommes venus à Toulouse, à Paris et au parlement européen pour envoyer un message à cette compagnie. Nous voulons leur montrer que nous sommes unis pour les obliger à reconnaître ce qu’ils ont fait et leur dire que le monde les regarde. C’est à cela que doit servir notre mouvement de solidarité internationale.”

Presque vingt ans après le plus grand désastre industriel, ni la compagnie Union Carbide, qui a fusionné en 2001 avec Dow Chemicals pour devenir le premier fabricant mondial de produits chimiques, ni Warren Anderson, l’ex-PDG d’Union Carbide, n’ont été jugés par un tribunal indien. Aujourd’hui les survivants de la catastrophe demandent à Dow Chemicals d’endosser les responsabilités d’Union Carbide et de verser les compensations nécessaires pour financer les soins médicaux et les recherches dont ont besoin les victimes, mais aussi de rendre publique l’information médicale sur les gaz échappés de l’usine de Bhopal, toujours classée ” secret commercial “, de payer pour les dégâts économiques qu’a provoqué la catastrophe puisque la plupart des malades ne peuvent pas travailler et, enfin, de décontaminer le sol et les nappes phréatiques, dans et autour de l’usine désaffectée de Bhopal.

Rachna est persuadée que seule une mobilisation massive des citoyens peut être efficace pour faire pression sur les multinationales et que circule l’information sur la dangerosité des produits. ICJB fait donc des tournées en Inde sur des sites de production et va aussi à la rencontre d’agriculteurs à qui on a vendu des semences transgéniques pour leur expliquer de quels enjeux économiques ils dépendent. Pour Rachna, la clef est là, dans ce patient travail de mobilisation par la diffusion de l’information, pour permettre, qu’un jour, une vie indienne vaille autant qu’une vie américaine : ” En 2001, Dow Chemicals a fait une transaction au Texas pour indemniser les victimes d’une exposition à l’amiante.

La situation était très proche de celle de Bhopal. La seule véritable différence c’est qu’elle concernait des Américains… ”

Anne-Catherine Husson
Mis en ligne le : 03/10/2003

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L’usine AZF, Toulouse

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