Dominique Lapierre : « Tout ce qui n'est pas donné est perdu »

e-santre.fr, November 2, 2006
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AUJOURD’HUI ENCORE, l’Inde compte 5 millions de victimes de la lèpre. Depuis 24 ans, Dominique Lapierre, auteur du best-seller « La cité de la joie » et de nombreux autres ouvrages (New York brûle-t-il ?, Il était minuit cinq à Bhopal, Plus grand que l’amour, Mille soleils ), a consacré grâce à ses droits d’auteur, près de 5 millions d’euros à sauver les enfants des lépreux de Calcutta. A l’approche de la journée mondiale des lépreux, nous avons recueilli les propos de cet homme d’exception.
e-santé : Peut-on guérir de la lèpre ?
Dominique Lapierre : Depuis 22 ans nous arrachons des enfants lépreux des colonies de lépreux des bidonvilles de Calcutta pour les soigner, les guérir et les éduquer dans notre foyer « Résurrection de Calcutta » qui, à ce jour, a sauvé plus de 9.000 enfants victimes de la lèpre. La plupart du temps, lorsque les enfants arrivent dans notre foyer, ils sont déjà atteints de la lèpre parce que leurs parents sont lépreux. Ils présentent généralement une ou plusieurs taches de la terrible maladie et c’est à partir de ce moment qu’on débute un traitement très agressif pour les soigner.
Alors à la question « peut-on guérir de la lèpre ? », la réponse est absolument oui, à condition de pouvoir prendre la maladie assez tôt. Les enfants marqués par des taches, et donc porteurs du bacille de Hansen, sont en général guéris en six mois grâce à un traitement spécifique. Tous ceux qui sont atteints de la lèpre à un stade précoce pourraient guérir de la même façon.
Le grand problème est que la lèpre, à tort, n’est toujours pas considérée comme une maladie comme les autres. C’est précisément le sens de la campagne d’éducation que nous faisons nous-mêmes, avec notre association qui s’appelle « Action pour les enfants des lépreux de Calcutta », dans les bidonvilles et partout ailleurs : dire aux gens que la lèpre est une maladie comme les autres.
Mais aujourd’hui encore, il y a 5 millions d’Indiens atteints par la lèpre et la maladie est toujours considérée comme une maladie taboue. Ce qui fait, par exemple, qu’une jeune fille qui découvre qu’elle a une tache sur la joue, va contrôler avec une épingle ou une aiguille à tricoter si elle sent quelque chose. Si elle ne sent rien, c’est une preuve que c’est une tache de lèpre, car cette maladie s’attache aux nerfs, au système nerveux. Si à ce moment, elle allait immédiatement voir un médecin pour se faire soigner, elle serait guérie en six mois. Mais parce que la lèpre est une maladie encore jugée comme honteuse, elle va mettre du maquillage sur son visage pour cacher la tache, car si on sait dans le quartier, dans le bidonville, qu’elle est atteinte de la lèpre, il lui sera impossible de trouver à se marier et elle sera victime d’un ostracisme. Il faut donc vraiment essayer de convaincre les gens que la lèpre n’est qu’une maladie comme les autres, comme la tuberculose ou d’autres maladies, qu’elle peut être guérie et qu’il faut immédiatement signaler la moindre apparition d’une tache de lèpre.
e-santé : La situation a-t-elle évolué à Calcutta ?
Dominique Lapierre : C’est très difficile de savoir. La lèpre est toujours là, toujours présente. Mais si on pouvait s’attaquer à la maladie dès son apparition chez les enfants par exemple, on arriverait à des résultats bien meilleurs. Or, les gens laissent trop souvent la situation se dégrader. Comme la lèpre atteint les nerfs, ils n’ont plus de sensibilité, ils se brûlent les mains, les pieds, des gangrènes apparaissent et un jour, ils n’ont plus de doigt et doivent être amputés… Il est impératif d’empêcher les malades d’arriver à ce stade.
J’ai calculé qu’avec le prix d’une chambre pour une nuit dans un hôtel cinq étoiles, on peut guérir un lépreux à son stade préliminaire. Ce n’est donc pas une opération coûteuse.
e-santé : Peut-on envisager l’éradication de la lèpre à l’horizon 2005 comme l’avaient prévu les spécialistes ?
Dominique Lapierre : Sûrement pas ! La lèpre reste endémique. En tout cas, dans un pays comme l’Inde, il y a toujours entre 4 et 5 millions de lépreux. Mais je suis fier de dire que j’ai contribué à guérir 9.000 enfants lépreux, qui, de plus, n’ont pas de séquelle. En effet, il existe aujourd’hui tout un protocole de traitement. Prise à son début, c’est une maladie extrêmement guérissable pour des coûts assez minimes.
On parle beaucoup d’un vaccin contre la lèpre. Dans le monde entier, des savants cherchent. Ce sera formidable mais ce n’est pas encore arrivé.
Et si vous me demandiez quelle a été pour moi l’une des victoires les plus gratifiantes que j’ai pu remporter depuis 24 ans d’humanitaire, je vous raconterais cette histoire :
L’autre jour, j’étais dans notre foyer Résurrection de Calcutta, et tout d’un coup, quelqu’un a crié « Dominique dada », ce qui veut dire « grand frère Dominique ». C’était un garçon de 19 ans, qui s’appelle Ashu, et qui courrait vers moi avec une feuille de papier à la main. Il me l’a présentée et j’ai découvert qu’il s’agissait de son diplôme d’ingénieur mécanicien. Il y a 13 ans, nous avions ramassé cet enfant dans le bidonville, qui mendiait sur les quais de la garde voisine. Il était vraiment condamné à mourir dans les deux ou trois ans. En effet, à la lèpre, s’associent en général la tuberculose et toutes les maladies de la malnutrition. Ce sont des petits corps d’enfant qui sont détruits. Et on a réussi à sauver ce gosse qui était très doué. Il a fait des études et aujourd’hui, avec ce diplôme, il va pouvoir immédiatement trouver un emploi, grâce auquel il va pouvoir acheter un morceau de terrain, construire une maison et sortir sa famille du bidonville. Au final, ce sont vingt personnes de sauvées grâce à l’épopée de survie de ce petit Ashu venu d’une colonie de lépreux d’un bidonville de Calcutta et qui aujourd’hui est devenu ingénieur mécanicien. Pour moi, si je n’avais fait que ça, ce serait déjà formidable.
Association Action pour les enfants des lépreux de Calcutta
En 1981, au cours d’un voyage à Calcutta, Dominique Lapierre apprend la menace de fermeture d’un foyer. Cette fermeture allait renvoyer plus de 250 enfants lépreux à la déchéance de leurs bidonvilles. C’est ainsi qu’il fonde l’association Action pour les enfants des lépreux de Calcutta, dont le but initial était de sauver ce foyer par un soutien financier. Mais l’association est allée bien au-delà de sa vocation initiale. Elle a lancé des centaines d’opérations d’entraide à Calcutta et dans de nombreuses régions oubliées du Bengale et du delta du gange.
Cette association loi 1901 n’a aucun frais de fonctionnement. La totalité des dons reçus est envoyée aux centres bénéficiaires.
Une seule adresse :
Action pour les enfants des lépreux de Calcutta
Chez Dominique et Dominique Lapierre
Val de Rian
83350 Ramatuelle France
Association Loi 1901
Dons à CCP : 1590 65 C Paris
Autre compte bancaire:
Banque Nationale de Paris (BNP), Agence Paris Kléber
51, Avenue Kléber – 75116 Paris – France
Bank Code: 30004 – Agency Code: 00892
Account Number: 00001393127 – Clé Rib: 21
IBAN: FR76 3000 4008 9200 0013 9312 721
Pour chaque don, il sera adressé, en temps voulu, un reçu fiscal réglementaire permettant de bénéficier de la réduction d’impôts prévue par la législation actuelle.
Que les grandes catastrophes n’occultent pas les grandes causes…
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